Laurence Nicola

Mon travail part d’un engagement du corps dans la matière. La vidéo, la photo, le dessin et l’installation se nourrissent et s’interpénètrent mutuellement. Une même manière de travailler dans l’expérience et l’économie de moyens relie ces médiums. Le dialogue s’établit aussi dans la permanence d’un corps qui éprouve la matière, le temps et l’espace.

Vivant sur les côtes ouest entre terre et mer, le travail avec le corps se rapproche de la question du paysage.

L’observation de la transformation permanente de la nature par l’ omniprésence des activités humaines nourrit ma démarche. L’errance me permet la rencontre, la collecte. Mes choix dans le prélèvement sur des sites naturels portent la trace d’une forme de résilience de la nature. Mon œil sélectionne des produits industriels qui prennent un aspect minéral.

 

Mes dernières installations sont le prétexte de cabinet de curiosité dans lesquelles éléments naturels ou artefacts s’imbriquent, dialoguent, cohabitent. Je cherche à brouiller les pistes entre ce que je fabrique et les «ready-made naturel». Je mélange les matières raffinées comme la porcelaine et le mica avec le plâtre, le polystyrène, le plastique. Sensible à l’aspect tactile des éléments, je convoque les sens par des compositions qui suggèrent des sensations opposées. Les matériaux comme le papier, le plâtre, le verre m’intéressent pour leurs qualités antinomiques et instables. L’assemblage est un procédé récurrent qui me permet de questionner la façon dont les choses résistent et s’équilibrent.

 

Dans mes dessins je cherche à dépasser les caractéristiques du support pour qu’il acquiert une nouvelle qualité. Je peins, déchire, évide et recompose à partir de morceaux. Le papier remodelé et étiré par l’action de l’eau devient un épiderme dans la série des Elévations. Cette idée de peau, de membrane, est aussi présente dans la série des collages Compositions # et des Mémoires de formes. Souvent le passage du plan vers le volume s’impose.

Les concrétions de sel présentes dans mon environnement m’ont donné envie d’utiliser de l’eau salée pour dessiner. Ce qui m’intéresse dans ce procédé, c’est qu’il y a un laps de temps entre le trait et le dessin qui se révèle lors de l’évaporation et de la formation des cristaux aux formes riches et élaborés.

 

L’univers de mes vidéos et de mes photos sont empreintes d’onirisme. Le morcellement se retrouve dans les prises de vue photographiques et vidéos. Les cadrages utilisent le pouvoir révélateur de la métonymie. Je privilégie le gros plan que j’associe à la frontalité et à la fixité du plan-séquence. Je souhaite que le spectateur ressente les images avant même d’en saisir le sens, comme dans le rêve. Le caractère sensuel des images place la perception du spectateur dans un équilibre fragile, qui peut à tout moment basculer de l’attrait au rejet. On y voit le corps associé à des objets ou éléments naturels qui modifient les paramètres habituels de la rencontre avec l’Autre. De ces associations peuvent surgir de l’inquiétant, de l’absurde révélant la vulnérabilité de notre être.