Les Immémoriaux

Christophe Beauregard

Vernissage le 14 septembre 2019, de 16h à 20h – Exposition jusqu’au 19 octobre 2019

L’exposition rassemble 5 séries de Christophe Beauregard : une sélection représentative de l’ensemble de son travail dont sa toute dernière série Why not portraits ?, ainsi qu’une série inédite, Pinder, réalisée en 1993. 

Christophe Beauregard a pour sujet l’être humain et ce qui le définit et l’anime. A travers des mises en scène savamment orchestrées : que ce soit dans son atelier, dans une foret ou dans un escalier, le sujet est théâtralisé.  Si ce décor n’est pas réel, ce qui en ressort est d’autant plus sincère.

Plusieurs thèmes sont ici abordés.

Tout commence en 1993 avec sa première série artistique Pinder, dans laquelle il photographie les artistes qui travaillent dans ce cirque traditionnel. Ici le décor est réel mais il a délibérément choisi de les extraire de la scène et de les photographier en dehors du chapiteau dont la toile orne le fond. Ces personnages qui ont l’habitude du déguisement et de l’artifice sont mis à nus. Ce sont justement ces artifices que Christophe Beauregard va utiliser par la suite. C’est le point de départ.

C’est en 2008 qu’il réalise la série Technomades qui le fera connaître à l’international, plus particulièrement aux Etats-Unis et au Canada. Ici le thème abordé est la technologie et ce que cela provoque sur notre comportement. A quel point la technologie sans fil nous rend elle plus libre ?

« Dans chaque ville Bruxelles, Paris, Londres, Luxembourg, je fais poser des utilisateurs anonymes délestés de l’appareillage technologique trop voyant. »

En 2010, c’est le thème de l’enfance et des super-héros à travers la série Devils in disguise. Cette fois c’est l‘impact de l’industrie des bien culturels. Qui sont ces supers héros qui viennent sauver le monde ? Ce rêve collectif n’appartiendrait pas qu’aux enfants.

En 2014, c’est grâce à sa série It’s getting dark que Christophe Beauregard est exposé au centre Pompidou-Metz et au Centquatre. Les personnes se voilent le visage avec une étoffe ou un vêtement de leur choix symbolisant la perte et le changement d’identité. Ce sont des hommes et des femmes en migration vers un nouveau langage et un nouveau rapport au monde.

Enfin, Christophe Beauregard vient de terminer sa dernière série, Why not portraits ?.

Pourquoi ce titre ? Justement ici Christophe Beauregard a voulu sortir des codes traditionnels du portrait. En référence à Matisse, il fait poser un sujet vêtu de couleur neutre devant un tissu à motifs colorés, jouant sur les perspectives et notre perception habituelle. Notre rapport à l’image est également exacerbé de part le regard à la fois très présent et particulier de ces personnes représentées en taille réelle.

Qui sont-ils ? Des hommes, des femmes, des anonymes, sujet de prédilection de l’artiste. Mais pas n’importe lesquels.

“Je recherche plutôt une photogénie, un sentiment ou un trouble, tout en tentant de décrypter les signes extérieurs d’une modernité. (…) C’est une étude plutôt anthropologique sur des transformations de soi qui œuvrent en silence et sculptent les comportements de tout à chacun. Les personnes anonymes représentées ici semblent dans le temps flottant de la recherche de soi, les contours de leur personnalité encore au travail. Le portrait devient sculpture. »

Il montre ainsi de quelle manière chacun, venant d’un milieu, univers différent, à partir d’un élan individuel, va sans cesse vouloir se renouveler, exister, apparaître dans un monde en pleine mutation.

Il peut arriver de manquer de recul pour discerner réellement quel est le sujet. Qui sont ces personnes ? Sont-elles connues ?

Non, ce ne sont que des anonymes qui témoignent d’un monde en transformation, d’un monde mutilé par les nouvelles technologies (Technomades), où l’Homme se défend comme il peut à travers le rêve fantasmagorique du super-héros (Devils in disguise) ou en se voilant la face (It’s getting dark). Tel un anthropologue, Christophe Beauregard étudie les transformations qui s’opèrent en nous (Why not portraits ?) et nous invite à la fois à une expérience esthétique et temporelle, un voyage dans le futur où nous pourrions nous observer.

Ce voyage est semblable à celui de Victor Segalen à travers son roman ethnologique publié en 1907 sur les derniers paiens des îles de Polynésie, les  Maoris: Les Immémoriaux.

A l’origine, ce qui est immémorial est ce qui remonte à une époque si ancienne qu’elle est sortie de la mémoire.

Ainsi, grâce à Christophe Beauregard, nous pouvons sans doute espérer ne pas complètement disparaître…

Ségolène Brossette, juin 2019