The Last of us
The Last of us
The Last of us
The Last of us
The Last of us
The Last of us
The Last of us
The Last of us

Bertrand Robert

Bertrand ROBERT et l’esthétique du « Parlêtre » lacanien

S’il est vrai que Bertrand Robert ne se réclame pas de la psychanalyse, il nous a paru révélateur de faire dialoguer sa pratique avec les concepts lacaniens à l’heure d’une remise en question de la notion de sujet au sein de nos sociétés ultras connectées.

Le point de départ de son travail est souvent une photographie trouvée sur internet, sur laquelle l’artiste imagine une histoire, décline un contexte. Il s’intéresse tout particulièrement à ce principe d’intimité dévoilée et à ces rouages. A l’image que l’on met de soi sur internet, qui est bien souvent une mise en scène, et qui devient un masque, dans un comportement de communication de groupe. Ces œuvres interrogent ainsi notre rapport à l’image et à la révélation de l’intimité, plus précisément notre rapport structurel au « ça » freudien. Il invente des personnages fictifs qu’il montre sous différents aspects, il en dévoile l’intimité psychologique afin de montrer les dessous des masques sociaux. C’est exactement dans ce travail de composition, qui débute avec l’utilisation d’une image préfabriquée par nos nouveaux mécanismes sociaux que se situe tout l’intérêt de la démarche de l’artiste. Cette esthétique, très graphique, qui fait échos aux estampes japonaises mais aussi le jeu de superposition, toujours présent dans la composition, nous plonge dans un monde symbolique, au sein même du principe du « Parlêtre » lacanien[1].

Pour Lacan, le sujet se construit par son accès au monde symbolique. Toutefois, lorsqu’il entre dans le mécanisme du langage, il s’y aliène, il y perd quelque chose. Lacan nomme cette opération la « Spaltung » ou la « fente du sujet ». La composition dans les œuvres de Bertrand Robert semble nous plonger dans cette intimité où encore captif du regard de l’Autre le « moi social », nous tentons quand même d’accéder à nos désirs propres d’identification.

Cette plasticité du « Parlêtre » lacanien se traduit dans les œuvres de Bertrand Robert par le travail de composition. En effet la structure, est élaborée sur un principe de dualité – réciprocité des éléments de la composition. Ainsi l’artiste associe un ou bien plusieurs personnages, avec des objets ou des formes géométriques très épurées, libérées de toutes temporalités et géographies, créant ainsi un subtil jeu d’opposition et/ou d’association entre le signifiant et le signifié. Par cette composition très structurelle – qui souligne encore une fois le lien entre la démarche de l’artiste et la pensée lacanienne – sorte de photomontage – l’artiste parvient à exprimer les paroles inconscientes, celles que l’on dissimule aux autres. Cette approche structuraliste chez Bertrand Robert, est de l’ordre de « l’effeuillage ». Progressivement l’artiste dévoile le rapport à l’intime, il montre le dessous des masques et des carapaces normées par la doxa. Cependant le discours n’est pas à proprement parler sur la psychologie humaine, mais plutôt une tentative de représentation des silences. C’est pourquoi, la place du « verbe » le « moi » et « sur moi » coexistent au sein de l’œuvre. Bertrand Robert dessine nos résonnances émotionnelles. Il créé ainsi une passerelle sensible par laquelle le spectateur peut se saisir de l’œuvre et s’identifier. L’artiste interroge nos rapports aux autres et donne à voir nos difficultés à communiquer, à nous définir au de là de nos carapaces et de nos protections. Ces dessins, sortes de haïku visuels, sont marqués de l’estampille de l’échec de la communication. La composition de ses œuvres met en exergue deux mondes, deux univers ne parvenant pas à dialoguer et dans laquelle la possibilité d’une projection symbolique de nos rapports conflictuels avec autrui semble se déployer.

Madeleine Filippi

[1]  Ce terme apparaît pour la première dans la conférence de J.Lacan sur Joyce : « Joyce le symptôme II », dans Joyce avec Lacan, Paris, Navarin, 1987.